Il y a des jours avec... et des jours sans. Là c'était plutôt la deuxième proposition.
- Emma ! Dépêche-toi de préparer tes affaires !
Quand arrive le dernier jour des vacances, on se demande toujours où elles ont bien pu passer. Deux mois ça paraît énormément long, pourtant je ne les ai pas vues défiler.
Déjà que je n'aimais pas beaucoup le collège, mais alors le lycée! Je ne préférais pas y penser. En plus, on venait de déménager il y a tout juste un mois dans un trou perdu, une petite ville sans aucun intérêt.
Je ne pensais pas regretter mon collège, et la suite promettait d'etre pire. Et mes amies ? Je n'en avais pas, ça évitait de les perdre. J'avais toujours été d'un naturel très solitaire, je parlais peu. Les autres ne m'avaient jamais attirée, et je haïssais encore plus les garçons, ces idiots qui ne savent que courir après une balle. Les filles, je les supportais, tant qu'elles restaient à distance. Quand à ma famille, elle n'avais jamais été très proche avec moi. Mes parents s'étaient séparés lorsque j'avais un an, mon père s'était remarié, et j'avais cessé de le voir il y a deux ans.
Ma mère commençait à s'énerver car il était plus de vingt deux heures et je n'avais toujours pas préparé mon sac. La seule chose que j'aimais bien à la rentrée c'était d'avoir des affaires neuves. Je mis ma trousse dans mon la poche de devant, ainsi qu'un paquet de feuilles. Pas besoin de se charger dès le premier jour. J'avais assez souffert de douleurs dans le dos que m'avait infligé mon sac de dix kilos l'année précédente, torture qu'avaient enduré pendant des mois des centaines de collégiens.
Le lendemain, lorsque j'ouvris les yeux, j'eus l'impression que toute sensation m'avait quitté. L'anxiété, le stress, et surtout le dégoût de la veille avaient disparus. J'avais du me faire à l'idée qu'il fallait y passer et que je n'y échapperais pas.
Lorsque ma mère me déposa devant, je n'en croyais pas mes yeux. Jamais je n'aurais pu deviner que c'était un lycée. Déjà, le collège était immense, alors le lycée je m'attendais au pire ! Mais ce bâtiment minuscule et crasseux, caché par une haie et une barrière, ne donnait vraiment pas envie d'y rentrer.
J'avançais sur la route, même pas goudronnée, mais recouverte de graviers, qui y menait. A gauche, un parking rempli de voitures qui devaient surement être celles des professeurs, à droite, le collège qui paraissait tout aussi immense que celui que j'avais connu, mais il semblait à peine moins laid. On aurait dit qu'il avait été rénové récemment.
Je remarquai avec satisfaction qu'il n'y avait pas de terrain. Au moins les garçons cesseraient peut-être enfin leurs jeux débiles et éviteraient d'assommer les autres avec leur ballon. Ce serait un grand soulagement !
J'entendis un klaxon de voiture qui me fit sursauter. En effet je lui gênais le passage pour tourner et se garer sur le parking. C'était surement un professeur, j'espérais ne pas l'avoir, il m'aurait dans le collimateur dès le premier jour.
J'approchais enfin de la porte d'entrée. Je me rendis compte que c'était une double porte vitrée, mais je ne pris pas la peine de regarder l'intérieur avant d'y entrer pour de bon.
Je retins une exclamation, le hall d'entrée était immense, dans les tons roses, comme s'il avait été entièrement en marbre. Les dalles par terre, brillaient tellement elles avaient été récurées. Il y avait des grandes fenêtres un peu partout dans le hall et le long des couloirs, ce qui donnait au bâtiment une luminosité très bonne. On avait presque l'impression d'être toujours dehors.
Il y avait beaucoup d'élèves, mais le vaste hall laissait assez d'espace à chacun, si bien que je ne me sentis pas confinée, comme au collège où tous les élèves étaient entassés les uns sur les autres dans les couloirs sombres et étroits. Ici, je me sentais bien.
Une adolescente normale aurait regardé les autres élèves. Les filles, pour se comparer à elles, critiquer leur nouvelle tenue ou leur nouvelle coiffure, les garçons, pour repérer lequel paraissait le plus craquant et par conséquent leur cible de drague durant toute l'année.
Je traversais le hall et aperçus tout au fond, contre un poteau, un grand panneau d'affichage en bois sur lequel étaient notées les listes des classes. Je m'en approchai et cherchais juste mon nom. Pas la peine de regarder les noms de mes autres camarades de classe, puisque je n'en connaissais pas un seul.
Je vis qu'il y avait un banc contre le mur, et m'y assis en attendant l'appel. Je sus que ça allait commencer quand les profs arrivèrent avec chacun une feuille à la main, et que tous les élèves se rattroupèrent autour.
Ma classe fut une des dernières à être appelée et notre professeur principale nous emmena dans un couloir légèrement moins éclairé que les autres et nous fit entrer dans la dernière salle à gauche. Il y avait une fenêtre qui faisait toute la largeur du mur, et le décor entièrement naturel mis à part les ruines d'une maison, était magnifique. Personne n'avait du aller dans cet endroit depuis des années. L'herbe était aussi haute qu'une personne de petite taille, et les buissons, arbres et broussailles poussaient à leur guise. Les oiseaux voletaient d'arbres en arbres, ils avaient l'air heureux d'avoir un coin de nature au milieu du centre ville. Je m'assis seule à une table contre la fenêtre. Pendant les cours je pourrais passer le temps à contempler le paysage et à rêver.
La prof nous demanda de sortir une feuille, d'y inscrire notre prénom et de la poser sur notre table pour qu'elle puisse nous connaître plus rapidement. J'entendis une voix derrière moi.
- Tu n'aurais pas une feuille s'il te plait, j'ai oublié d'en prendre.
Je n'avais même pas remarqué qu'il y avait cette fille toute seule derrière moi. Elle était légèrement plus petite que moi, et avait de longs cheveux d'un noir de jai. Je lui donnais une feuille.
- Merci. Au fait, je m'appelle Justine et toi ?
- Emma. Ravie de te connaître.
J'aurais presque eu envie d'essayer de me lier d'amitié avec elle, mais je devrais au moins attendre la récréation, car la prof nous reprocha d'être trop bavardes dès le premier jour.
Il faut dire qu'on n'était pas les pires. En effet, il y avait dans la classe une sorte de troupeau de filles, qui ne cessaient de ricaner bêtement pendant que la prof parlait, et qui gloussaient dans les couloirs dès qu'elles croisaient un garçon.
A la récréation, l'une des filles du groupe, qui se nommait Charlotte, vint vers Justine et moi.
- Salut ! Moi c'est Charlotte *rire stupide* c'est trop cool qu'on soit dans la même classe. Vous venez avec nous dehors ?
- D'accord, répondit Justine avant que j'ai pu dire le moindre mot. Tu ne viens pas Emma ? Tu n'as pas envie de prendre l'air ?
- Euh non... ça ira. A tout à l'heure.
Bien sur que j'avais envie de prendre l'air, mais pas de supporter des andouilles pareilles. Leur but, bien entendu n'était pas de devenir amies avec nous, mais plutôt de casser l'amitié qui commençait entre Justine et moi. Et elle était tombée en plein dans le panneau.
J'errais donc dans les couloirs, et me décidai à aller visiter le premier étage. Il était totalement désert. Il avait l'air beaucoup plus récent que le rez-de-chaussée. Il avait du être construit bien plus tard. Le sol était recouvert de parquet tellement brillant et lisse qu'il fallait faire attention à ne pas tomber. Je découvris enfin qu'il y avait un coin, au dessus des escaliers, qui surplombait le rez-de-chaussée et où je pourrais tout observer sans être vue. Ce serait désormais mon coin, j'y passerais ses récréations, seule, à rêvasser.
Je regardai passer la bande de Charlotte, accompagnée de Justine qui semblait s'amuser avec ses nouvelles amies. Je soupirai et m'assis par terre, sur mon sac.
J'étais bien, tranquille, sans personne pour m'énerver, mais je m'ennuyais. Je pensais que ce serait une bonne idée d'apporter un livre le lendemain. J'adorais lire.
Encore une rentrée pas très réjouissante. De nouveau, je me retrouvais seule. J'avais espéré que cette année ça changerait. Ca aurait pu si Justine ne m'avait pas laissée.
Quelques minutes passèrent, puis j'entendis des pas, quelqu'un venait. Peut-être un professeur ? Est-ce que j'avais le droit d'être là au moins ? En tout cas, il n'y avait rien pour me cacher et je n'avais pas le temps de me sauver. Je pris appui sur ma main droite pour me relever et attrapait mon sac avec la gauche par reflexe. Mais avant de me retrouver debout, je me détendis, ce n'était qu'un élève. Dès l'instant où il entra dans mon champ de vision, je sentis qu'il n'était pas ordinaire. Je le regardais et sentit quelque chose d'étrange parcourir tout mon corps.
Il paraissait avoir à peu près la même taille que moi, avec les cheveux châtains mis-longs en bataille, des yeux verts foncés qui me fixèrent pendant quelques secondes lorsqu'il passa devant moi. Il avait quelque chose de mystérieux, d'effrayant même. Pourtant je n'arrivais pas à dire en quoi il était différent des autres.
Je me demandais pourquoi le fait de voir un garçon passer m'avait fait cet effet-là. Peut-être l'effet de surprise, où alors ce regard si foudroyant.
La journée passa assez rapidement. Je pensais toujours à ce drôle de garçon. Je ne savais pas pourquoi ça me tracassait autant. Je n'avais jamais vraiment été intéressée par les garçons. Du moins je n'en avais jamais trouvé à mon goûts. Pour la plupart, je les trouvais moches, et les quelques beaux que je voyais étaient soit idiots, soit déjà pris. C'est comme les places de parking, les meilleurs sont toujours occupés.
Le midi je rentrais manger chez moi, et l'après-midi je n'avais que deux heures à tenir car nous étions libérés à quinze heures. Comme je m'y étais attendu, en cours, Justine ne revint pas derrière moi, mais à côté de ses nouvelles amies qui semblaient s'amuser à semer la pagaille pendant les cours.
J'avais cru avoir une amie, je m'étais fait des illusions.
Je fus bien contente d'échapper à la récréation et de rentrer enfin chez moi. Cette première journée avait été très longue. Pourtant, le pire était à venir.
Le lendemain, les cours commencèrent, au grand désespoir de tous les élèves. Notre emploi du temps était pourtant moins chargé que ceux que j'avais pu avoir au collège.
Le mardi matin nous avions cours de sport, si bien que je me rendis au gymnase en arrivant, où attendaient déjà les autres de ma classe. Notre prof d'EPS apparut, c'était une femme d'une assez petite taille, un peu garçon manqué. Elle nous fit entrer dans une salle, dont le sol était recouvert de tapis pour la gym. J'imitai les autres qui délaçaient et retiraient leur chaussures, pour aller s'asseoir sur les tapis, face à la prof et au tableau.
Pour une fois, ce fut aussi ennuyeux qu'un cours de maths. La prof nous expliqua les règles de conduite, notre programme... Bien avant la récréation, nous avions terminé et la prof nous autorisa à sortir plus tôt. J'avais encore plus de temps libre que d'habitude, mais heureusement j'avais prévu de quoi m'occuper pour que le temps passe plus vite pendant la récréation. J'avais apporté un livre et je comptais aller m'installer au même endroit que la veille, au premier étage, je serais tranquille.
Mais en arrivant, je me rendis compte que la place était déjà prise. J'eus un sursaut en comprenant qui c'était. Je ne me trompais pas, c'était bien le garçon que j'avais vu la veille. Il ne me vit pas, je me cachais à l'angle du mur et l'observais. Il avait un baladeur dans les oreilles et semblait dans son monde. Par conséquent il ne m'avait pas entendu arriver. D'habitude, je serais partie immédiatement, pour trouver un autre endroit, mais bizarrement, j'éprouvais du plaisir à regarder ce garçon. Je ne savais pas trop pourquoi, mais quelque chose m'empêchait de partir. Je ne me reconnaissais plus.
J'entendis des pas derrière moi et me retournai brusquement. C'était Justine, elle était seule et me demanda :
- Qu'est-ce que tu fais ? Tu te caches ?
- Non... je cherchais le CDI.
- Il est au rez-de-chaussée.
- Ah... ok.
Je voulus lui dire merci mais les mots restèrent coincés dans ma gorge qui était encore serrée. Je n'avais toujours pas pardonné à Justine de m'avoir laissée tomber.
Le CDI du lycée ne ressemblait pas du tout à celui de mon ancien collège. Ce dernier était minuscule et rempli de dictionnaires ou de vieux ouvrages poussiéreux où il manquait la moitié des pages. Ici en revanche, il était beaucoup plus grand et il y avait des romans, des magazines réservés aux ados... Moi qui aimais la lecture, j'étais servie. Finalement, j'avais trouvé encore un meilleur endroit pour passer mes récréations. En plus les élèves étaient peu nombreux au CDI, rien d'étonnant, les ados n'aiment pas lire en général.
Il y avait également des ordinateurs, mais seulement réservés pour les recherches scolaires, ce qui n'intéressait quasiment personne.
En plus de la lecture, j'avais d'autres passions. La musique et le dessin. Je pensais à cette première et esquissais un sourire en pensant au baladeur que le garçon avait dans ses oreilles lorsque je l'avais vu.
Peut-être que lui aussi était passionné par la musique. Enfin... beaucoup de jeunes écoutaient de la musique sans vraiment en être passionnés.
Le lendemain, je ne pus m'empêcher de retourner le voir, cachée à l'angle du couloir. Je passais la moitié de la récréation à l'observer, puis j'allais au CDI jusqu'à la sonnerie.
Les cours du jeudi avaient l'air assez intéressants. Toute la matinée était réservée aux travaux pratiques, de SVT et de physique. Ca promettait d'être beaucoup moins ennuyeux que les cours magistraux.
La classe était divisée en deux groupes qui alternaient deux heures de physique, puis de SVT et vise versa.
Mon groupe commença par la physique, ou plutôt la chimie. Je descendis dans une partie du lycée que je ne connaissais pas. On rentra dans un laboratoire de chimie. Une dizaine de paillasses étaient alignées face au tableau, et tout au fond de la salle, une trentaine de blouses blanches, certaines tachées ou trouées, étaient accrochées à des portes manteaux contre le mur.
Le trou énorme dans ma blouse n'avait rien de très rassurant. J'allai m'asseoir sur un tabouret derrière une paillasse, regardant la feuille qui m'avait été distribuée et qui expliquait la manipulation.
Le but était de créer des huiles essentielles de lavande, par hydrodistillation. Le tout n'était pas si compliqué, il fallait simplement être extrêmement précis dans les dosages. C'était plutôt amusant de jouer les chimistes, tout le monde semblait bien s'amuser, et je fus rassurée quand la prof annonça qu'aucun des produits qu'on manipulait n'était dangereux.
A la fin du cours, j'étais pressée de voir ce que nous réservait le cours de SVT, mais je me rappelais soudain que c'était la récréation, et que j'avais donc une autre priorité.
Je montai les escaliers qui conduisaient au premier étage quatre à quatre, mais je me rendis compte qu'il y avait quelqu'un derrière moi. Je ne pourrais donc pas me cacher du garçon sans que ces personnes ne me voient. Comme si ça ne suffisait pas, les personnes qui me suivaient ricanaient et n'étaient autres que Charlotte et sa bande. Je fus étonnée de voir que Justine n'était pas avec elles.
Je me résolus donc à mes habitudes et allai directement au CDI. Elles ne m'y suivirent pas, à mon grand soulagement. La lecture, ça ne devait pas être leur tasse de thé.
Le vendredi matin, un message sur le panneau d'affichage m 'appris que les cours d'anglais se dérouleraient désormais dans une salle du premier étage. A ma grande satisfaction, le vendredi nous avions cours d'anglais juste avant la récréation. J'avais espoir de le voir en sortant, et au moins je ne serais soupçonnée de rien cette fois, puisque j'étais obligée de passer par là de toute façon.
Tandis que la prof parlait une autre langue qui me semblait plus incompréhensible que jamais, mon c½ur battait de plus en plus fort tandis que les minutes me séparant de la sonnerie filaient.
Lorsque le moment tant attendu arriva, je me levai de ma chaise la première (j'avais déjà rangé mes affaires depuis cinq minutes) et sortit de la salle. Il était bien là, dans le couloir, écoutant sa musique, mais cette fois il leva la tête et nos regards se croisèrent. Je fus secouée d'un frisson, mais ce ne fut pas désagréable.
Cependant, cet instant de bonheur fut de courte durée. J'entendis les autres élèves sortir à leur tour de la salle, sentit quelqu'un passer derrière moi, puis le poids de mon sac à dos diminuer, tandis que son contenu se renversait par terre dans un fracas assourdissant, sous les éclats de rire de toute la classe. Certains en rajoutèrent une couche en piétinant mes affaires.
Seul le garçon ne ria pas, il attendit que tout le monde fut parti, enleva son baladeur de ses oreilles et se leva. Il partait, pensais-je, accroupie en train de récupérer mes affaires étalées sur le sol. Il devait me trouver ridicules, le souffre-douleur des autres, incapable de me défendre. Mais il ne s'en alla pas et se baissa pour m'aider à ramasser mes affaires.
- M...merci... balbutiais-je
- De rien. C'est pas sympa ce qu'ils t'ont fait. Je m'appelle Julien et toi.
Je fus surpris de voir un garçon si jeune avoir une voix aussi grave et mélodieuse. Il me fixait et je me perdais dans l'émeraude de son regard.
- Emma, répondis-je
J'aurais tellement voulu parler plus, maintenant que la conversation était engagée, mais je ne savais quoi dire d'autre et lorsque le silence s'installa entre nous deux et que je me sentis rougir tel une tomate, je jugeais préférable de partir le plus rapidement possible, avant que cela ne tourne au ridicule, mais je le fis à contrec½ur, lui adressant un petit sourire discret avant de descendre les escaliers à la hâte, tenant mes livres à la main.
J'allais au CDI par habitude et pris une revue mais je ne la lisais pas. Je réparais mon sac déchiré avec des épingles. J'étais encore sous le choc. Il m'avait parlé, et m'avait aidé. L'écho de sa voix et son regard ancré dans le mien me faisaient encore frissonner. Je m'en voulais, j'avais été nulle, je n'avais rien osé lui dire, j'avais perdu une si bonne occasion.
Pourquoi étais-je si timide ? Lui, avait trouvé un moyen de me parler, il avait sauté sur l'occasion.
- Ca va ? Tu fais une drôle de tête.
Je sursautais. C'était Justine. Je la fixai d'un air étonné.
- Ah c'est toi ! Qu'est-ce que tu fais là ?
- Ben je venais lire un coup. Tu sais, c'est vraiment pas sympa ce qu'elles t'ont fait... je ne voulais pas...
- Pourtant c'est tes amies, tu dois être d'accord avec elles.
- Non après ce qu'elles t'ont fait ca ne sera plus jamais mes amies ! De toute façon ça faisait plusieurs jours que je les évitais. Je me suis rendue compte que c'était des très mauvaises fréquentations.
Je ne répondis pas tout de suite. Je ne la croyais pas. Je changeais de sujet.
- Mais tu es venue ici pour lire, ou parce que tu savais que tu allais me trouver ici ?
- Pour lire à la base. T'es pas obligée de me croire, si tu me soupçonne, mais j'adore la lecture. Ce CDI est génial, tu ne trouves pas.
Je marmonnais une réponse inaudible. Elle avait raison, je la soupçonnais. Qu'est-ce qui me disait que ce n'était pas un coup monté par la bande de Charlotte, qu'elles aient envoyé Justine pour me faire croire qu'elle voulait être de nouveau mon amie, et qu'en fait elles finiraient par me tendre un piège ?
Justine vit qu'il ne servait à rien d'insister, s'assit et prit un magazine. Aucune de nous ne décrocha un seul mot jusqu'à la sonnerie.
Le cours de travaux pratiques en SVT ne fut pas aussi intéressant que je l'espérais. En effet, on ne fit aucune manipulation, mais la prof annonça que nous en ferions dans l'année, dont trois dissections –souris, grenouille et c½ur d'agneau- ainsi que de nombreuses observations au microscope.
L'après-midi, Justine ne tenta pas jusqu'à s'asseoir à côté de moi en cours, mais reprit sa place habituelle de début d'année, juste derrière moi.
Le vendredi matin, dès que j'ouvris les yeux, je me sentais incroyablement fatiguée. Je n'étais plus habituée à me lever tôt.
Mais après une demi-heure de cours, je me rendis compte que ce n'était pas de la fatigue. A moitié écroulée sur ma table, je demandais à aller à l'infirmerie. L'année commençait bien... dès la première semaine !
L'infirmière me donna un cachet avec un verre d'eau et me proposa d'aller m'allonger dans un des lits de l'infirmerie.
- C'est une vraie épidémie, il y a déjà eu deux cas hier, j'ai du les renvoyer chez eux. Mais ils sont revenus ce matin, ils ont l'air en forme. Ca n'a pas l'air d'être une maladie bien méchante. très contagieuse par contre, il y a déjà eu un autre cas ce matin.
Elle entrouvrit la porte de l'infirmerie.
- Tiens d'ailleurs je crois qu'il dort. Ne fais pas trop de bruit pour ne pas le réveiller.
Je vis qu'effectivement un des lits était déjà occupé. Mais celui qui y était couché, s'était entièrement recouvert avec la couette, et était roulé en boule sur le côté. Il devait avoir de la fièvre pour avoir aussi froid. J'avoue que je devais en avoir aussi, je ne cessais de grelotter. Il me tardait également de me réchauffer dans un des lits bien chauds qui semblaient m'attendre à bras ouverts .
Mais la curiosité l'emportait sur mon confort personnel et dès que l'infirmière eut quitté la pièce, j'essayais de guetter qui se cachait sous la couette. La seule chose qui en dépassait était un écouteur. S'était-il endormi avec son baladeur sur les oreilles ? Ou bien faisait-il semblant de dormir. Cette allusion à la musique me fit penser à quelqu'un et je fus malgré tout surprise de le voir émerger de sous les couvertures, ses grands yeux verts me fixant.
- Toi aussi t'es malade ? L'infirmière a raison c'est une vraie épidémie !
- Oui mais à priori on n'est pas malade longtemps, c'est déjà ça.
- Oh tu sais ça ne m'aurait pas dérangé de louper les cours.
- C'est vrai.
Un silence s'installa, je me pris à sourire en repensant à quelque chose. Lui, sembla croire que je riais à retardement pour ce qu'il avait dit à propos des cours. Je n'étais pas longue à la détente à ce point-là, il dut l'admettre, et me demanda :
- Qu'est-ce qui te fais sourire ?
- C'est juste que... c'est un drôle de hasard qu'on se retrouve ici les deux en même temps.
- Le sort en a décidé ainsi, il faut croire. Le destin, qu'est-ce que tu veux !
- Oui, d'ailleurs je trouve que le destin nous permet de discuter très souvent depuis cette année.
- C'est seulement la deuxième fois...
- En deux jours, ajoutais-je. Ça ne parait peut-être pas énorme, mais pour quelqu'un qui ne parle quasiment jamais à personne, c'est différent.
- C'est vrai, je connais ça aussi.
A midi, à la sonnerie, nous sortions tous les deux de l'infirmerie. J'aimais tellement parler avec lui, mais je ne savais plus quoi dire car malgré tout on ne se connaissait pas beaucoup.
Je sentais sa présence à côté de moi lorsqu'il marchait. J'avais encore un peu le vertige à cause de la fièvre et j'avais peur de ne pas marcher droit et de lui foncer dedans. Ca aurait été ridicule, j'aurais été morte de honte.
Bientôt, je ne sentis plus sa présence à mes côtés. Il avait peut-être remarqué que je ne marchais pas droit et avait préféré s'éloigner par sécurité. Mais lorsque je regardais de tous les côtés, je ne le vis nulle part. Il avait disparu.
Les jours suivants Justine se trouvait toujours au CDI, mais ne tenta pas de me recauser une seule fois. C'était maintenant à moi de faire le premier pas, et je n'avais pas l'intention de le faire.
Je n'osais toujours pas retourner voir au premier étage, si Julien y était, de peur d'être à nouveau suivie.
Le risque qu'il me voie n'était pas totalement mis à part non plus. Maintenant qu'il m'avait parlé, cette probabilité me parut plus réelle qu'avant. Je me disais même que j'avais eu de la chance que ça n'arrive pas. Tant pis je me contentais de le voir le vendredi. A chaque fois, il levait les yeux quand je passais et esquissais un sourire très discret.
Malgré ce petit rayon de soleil qui venait éclairer ma vie une fois par semaine, je trouvais ma vie trop plate, monotone. Chaque jour me paraissait durer une semaine.
En passant je regardais ce qu'il y avait écrit sur le panneau d'affichage.
« Sont priés de rendre leurs livres en retard au CDI
... »
Je ne pris même pas la peine de lire. Je n'empruntais jamais les livres du CDI. Je les lisais sur place.
« DS commun de mathématiques
Mardi 15 septembre 2009
en salle LO1 »
Aïe ! je l'avais complètement oublié celui là ! De toute façon je n'avais rien compris au cours.
« Première répétition de la chorale lundi prochain
de 12h30 à 13h30
dans la salle de musique
tous les élèves peuvent s'inscrire, la chorale est ouverte à tout le monde ».
Et là, tous mes souvenirs me revinrent en tête. Toutes ces années où mon seul bonheur avait été la musique, de participer à cette chorale du collège. La seule chose qui avait réussi à éclaircir ma sombre vie pendant toutes ces années. Perdue, au milieu des cent cinquante autres choristes, personne ne se rendait jamais compte de ma présence, la prof ne connaissait même pas les élèves de sa chorale, elle les faisait chanter c'est tout. Moi ça me convenait.
J'étais de meilleure humeur de savoir que je pourrais à nouveau vivre ma passion cette année. J'espérais que cette chorale serait à la hauteur de celle que j'avais connue.
Le lundi suivant, je devais donc manger au self, pour pouvoir ensuite aller à la chorale. Ça ne m'enchantait guère.
La nourriture de collectivité était réputée pour être immangeable, et d'après les rumeurs que j'avais pu entendre dans les couloirs, ce lycée ne faisait pas exception.
Pourtant, en descendant au self qui était en sous-sol, je sentis une bonne odeur faire frémir mes narines. Je me faufilais dans la file d'attente du self. Je détestais être confiné, mais ça ne dura pas longtemps, et j'entendis deux garçons devant moi dire.
- Ah j'adore le lundi ! Le jour des frites ! C'est le seul jour de la semaine où c'est mangeable.
En effet, leurs frites n'étaient pas mauvaises. Et le self était immense. Il y avait à la fois le lycée, et le collège d'à côté. Ca faisait beaucoup de monde. Je ne regardais pas trop les collégiens qui, accumulaient batailles de nourriture, plateaux renversés et cris d'attardés. Tout cela me rappelait l'année passée. Je me tournais du côté lycéen, et vis avec un élan d'affection, des adolescents discutant calmement, sans faire aucun raffut, ou du moins était-il recouvert par celui des collégiens. Je tendis le cou en apercevant, sous une masse de cheveux châtains, Julien. Malheureusement, il disparut dans la foule qui sortait du self après voir fini de manger. Si seulement j'étais arrivée plus tôt. Mais je me sentais déjà mieux de l'avoir vu.
Il était déjà midi vingt, je me dépêchai de finir mon assiette, d'aller poser mon plateau et de quitter le self. Je ne connaissais pas bien les lieux et suivit un groupe de lycéens qui partaient par une petite porte. Celle-ci menait à des escaliers qui m'amenèrent dans le hall du lycée. Je mis un moment à comprendre où j'étais et comment j'y étais arrivée.
Maintenant il était question de trouver la salle de musique. Je commençais par fouiller le moindre recoin du rez-de-chaussée, en vain, puis j'attaquai le premier étage. Je fus surprise en passant dans le couloir de ne pas voir Julien. J'aurais pourtant parié tout ce que j'avais, qu'en plus de ses récréations, il passait également le temps de midi à écouter sa musique dans son coin favori. J'aurais pu également penser qu'il était externe si je ne l'avais pas vu au self quelques minutes auparavant.
Je redescendis au rez-de-chaussée, je ne savais plus où chercher lorsque j'entendis comme une musique douce, très lointaine. J'écoutais d'où elle venait, la suivait. Elle s'arrêta. Elle m'avait semblé venir du self, je redescendis, et arrivée devant la grande porte qui y menait, me rendit compte qu'il y avait une autre porte, minuscule, juste à côté. On aurait pu penser qu'il y avait un placard à balai derrière, pourtant lorsqu'après avoir toqué j'entrais, je découvris une immense salle décorée entièrement sur le thème de l'Afrique. Jamais je n'aurais pu imaginer que j'étais toujours au lycée. Il y avait des peintures à tous les murs, et dans tous les coins, des statues africaines représentants des hommes ou des girafes en bois.
Cependant il n'y avait personne. La musique avait cessé. Il n'y avait qu'une seule porte, tout au fond de la salle. Je m'y approchais et collait mon oreille contre. J'entendis des voix. Ça devait être là, je toquai et entrai. Il n'y avait qu'une vingtaine d'élèves. Tous les regards se tournèrent vers moi, comme je le déteste, mais personne ne fit très attention et avant même que j'ai eu le temps de m'asseoir, tout le monde avait déjà reporté son attention ailleurs. Au début, je pensais que c'était sur la prof de musique, qui avait l'air plutôt sympathique, et qui était en train de parler. A côté d'elle, il y avait du matériel tel des micros, une sono, et un piano. Quelqu'un était assis derrière et lorsque je le reconnus mon c½ur fit un bond. C'était lui, Julien ! Je n'osais pas y croire. Il ne me fit aucun signe, mais je me consolais en pensant qu'il avait surement tenté d'en faire lorsque j'étais entrée dans la salle, mais je ne m'étais pas rendu compte tout de suite de sa présence.
Là, il paraissait plutôt stressé. Il regardait de tous les côtés d'un air nerveux alors que d'habitude il fixait la personne -moi- sans ciller.
- Bon, alors Julien, tu nous montres ta chanson ? demanda la prof d'un air impatient.
- Ben ... je ne sais pas trop. Je suis enroué aujourd'hui, je ne sais pas si je vais pouvoir chanter.
- Mais si tu as très bien réussi, tout à l'heure je t'ai entendu chanter dans le couloir.
- Mais Madame j'ai pas l'habitude pour jouer au piano, je me sens trop bas sur ces chaises.
- Et bien prends-en des autres.
Il soupira, se leva, m'adressa un léger sourire, qui s'éteint aussitôt. Il ramassa trois ou quatre chaises qu'il empila et s'installa derrière le piano. Personne ne savait s'il fallait rire ou non et il y eut une gros blanc. La prof lui fit signe de commencer.
Déjà, il jouait comme un dieu. On aurait dit que c'était aussi facile que de respirer, que de nager pour un poisson, que de voler pour un oiseau. Puis il chanta, sa voix grave et mélodieuse, encore plus belle que quand il parlait, m'envoûta tout mon être. Une chose était sure, je garderais cet air harmonieux en tête durant des plusieurs jours !
Cette chorale ne ressemblait en rien à celle que j'avais connu. Dans celle-ci il y avait de nombreux solistes qui accompagnaient la chorale.
En sortant de la répétition qui passa trop vite à mon goût, Julien vint vers moi.
- Pas mal cette première répétition hein ?
- Oui c'était super, j'ai adoré.
- Je ne savais pas que tu aimais bien la musique ?
J'esquissai un sourire en guise de réponse.
- Moi, en tout cas, ajouta-t-il, c'est une passion pour moi. J'ai demandé à faire du piano à mes parents il y a un an.
- Ça fait seulement un an que tu fais du piano ? Et tu joues déjà aussi bien.
- Ben oui... c'est vrai que ça surprend pas mal de monde. Bon j'y vais-je vais être en retard en cours.
Je restais scotchée sur place. On aurait pu parler plus longtemps, s'il n'y avait pas eu ces idioties de cours ! En plus, tout comme Julien, j'étais en retard.
Mais je ne fis guère attention aux reproches de la prof de maths, ça me laissait totalement indifférente. Rien ne pouvait gâcher mon bonheur en cet instant.
Voici le premier chapitre
ce n'est pas super mais bon c'est la première fois que j'écris un roman
l'action et le fantastiques arriveront dans les chapitres suivants
j'aimerais que vous laissiez vos impressions,
si ça vous a plu, si vous avez des conseils à me donner
je vous demande 10 coms pour la suite
baa quoi il faut bien vous motiver ! ;)